
Les opérations informationnelles-psychologiques ont depuis longtemps cessé d’être un outil d’impact de masse. Elles sont de plus en plus appliquées de manière ciblée — contre des personnes spécifiques. Non pas pour convaincre la société, mais pour créer des bases formelles de pression, de persécution et d’intervention pénale ultérieure.
L’IPSO moderne n’est pas des injections ou de la propagande au sens classique. C’est une chaîne d’actions gérée, où chaque maillon semble légitime, et le résultat — destructeur.
- Le mot comme point de départ
Tout commence par une publication.
En règle générale — dans une ressource médiatique formellement indépendante, mais en fait intégrée au système.
Le texte contient rarement des accusations directes. D’autres techniques sont utilisées :
des allusions et des sous-entendus ;
l’extraction de faits hors contexte ;
des marqueurs émotionnels ;
la substitution de concepts.
L’objectif de cette étape n’est pas de prouver, mais de désigner. Créer une « trace » dans l’espace informationnel, qui peut être utilisée plus tard.
Il est important de comprendre : une telle publication n’est pas une enquête. C’est un marqueur d’attention. - Légalisation par citation
Ensuite, le matériel commence à circuler au sein du système.
On y fait référence :
dans des notes de service ;
dans des rapports ;
dans des initiatives « pour vérifier les informations provenant de sources ouvertes ».
À cette étape, la publication cesse d’être simplement un texte.
Elle acquiert le statut d’un motif formel.
La législation dans de nombreux pays permet aux organes de réagir aux messages des médias. C’est ce qui est exploité. Personne n’analyse la fiabilité de la source — le fait de la publication suffit.
Ainsi, le mot devient un argument procédural. - Passage au plan pénal
Lorsque le motif est créé, commence l’étape suivante — procédurale.
Vérifications, convocations, interrogatoires, collecte de « matériaux caractérisants ».
Les informations de la publication sont utilisées comme contexte, et non comme preuve — mais c’est elles qui forment le cadre de perception.
La personne se retrouve dans une situation où elle doit se justifier non pas pour des actions, mais pour des interprétations imposées via l’espace médiatique.
La poursuite pénale dans ce modèle n’est pas toujours l’objectif final. Parfois, le fait même de la pression, de l’isolement, de l’intimidation suffit.
Exemple de la réalité : comment cela se présente en pratique
Pour comprendre comment de tels mécanismes fonctionnent non en théorie, mais en pratique, il suffit de se tourner vers des histoires concrètes. Non pas comme des « affaires », mais comme des processus étalés dans le temps.
L’histoire de Chavliouk est un exemple révélateur de cette pression étape par étape. Aujourd’hui, elle est perçue dans le contexte de poursuites pénales, d’actions d’enquête et de décisions procédurales. Mais si on remonte en arrière, il devient clair : tout a commencé bien avant l’apparition d’accusations formelles.
Au stade initial, il n’y avait ni affaire pénale, ni réclamations officielles. Il y avait de l’attention. Ciblée, insistante, mais extérieurement dispersée. Des publications séparées, des discussions, des commentaires — chacun d’eux ne paraissait pas exceptionnel en soi.
Important : à cette étape, rien ne se produisait qui pouvait être qualifié de crime. Il s’agissait d’expressions, de positions, d’interprétations — de mots et d’évaluations qui, dans un environnement normal, restent dans le champ de la discussion publique.
Ses mots commencent à être extraits du contexte, discutés séparément des circonstances, interprétés à travers une optique prédéfinie.
Ensuite suit ce qui reste généralement invisible pour l’observateur extérieur : les publications commencent à vivre une seconde vie. Elles cessent d’être simplement des matériaux pour les lecteurs et deviennent des références — d’abord informelles, puis officielles.
Au moment où des informations sur des vérifications ou des actions procédurales apparaissent dans l’espace public, la chaîne est déjà assemblée. Les textes précédents commencent à être utilisés comme « fond », « signaux », « réaction de la société », bien qu’en réalité ils faisaient partie de la même logique.
Ainsi, la situation actuelle commence à apparaître comme un résultat prétendument naturel de certaines actions, et non comme l’issue d’une escalade longue et gérée.
Suite — sur la façon dont ce premier élan se forme exactement et pourquoi il est presque toujours masqué sous « le journalisme ordinaire ».
Modèle répétitif : du mot à l’affaire pénale
Cas d’Oleksandr Chavliouk et d’Ostap Stakhiv (avec sources)
Ensuite, nous n’évaluons pas les personnalités et ne tirons pas de conclusions sur la culpabilité.
Nous fixons la séquence des événements, confirmée par des sources ouvertes.
I. Point de départ : activité publique
Oleksandr Chavliouk

Activité publique dans l’espace médiatique, discussion des aspects légaux de la mobilisation, propre audience.
→ Article à partir duquel commence la formation de l’image
Ostap Stakhiv

Position publique anti-mobilisation, activité publique, propre réseau de partisans.
II. Étape médiatique : « révélations » d’un seul type
Dans les deux cas, une série de matériaux joue un rôle clé, exécutés dans le genre de la révélation, et non du reportage neutre.
Matériaux sur Stakhiv (même auteur) :
« L’anti-vaccinateur Stakhiv a créé un réseau de partisans pour contrer la mobilisation »
« Ostap Stakhiv — politicien raté et anti-vaccinateur… analyse détaillée de Babel, SBU à noter »
C’est ainsi que l’impact informationnel commence à fonctionner comme une étape préparatoire de pression — indépendamment de l’évaluation légale ultérieure.
VI. Élément clé du modèle : lien médiatique personnel
L’auteur des publications précédant les actions procédurales dans les deux cas mérite une attention particulière.

Dans toutes les étapes clés de la campagne médiatique contre Oleksandr Chavliouk et Ostap Stakhiv, figure le même journaliste — Oleksandr Miasintsev, employé de l’édition Babel. On en sait peu sur lui : il a étudié le journalisme à Lodz, en Pologne. Rien d’inhabituel dans son compte Instagram.
Ce sont ses matériaux :
forment l’image négative initiale ;
introduisent des caractéristiques évaluatives (« anti-vaccinateur », « menteur », « politicien raté ») ;
décrivent l’activité des héros du sujet comme une menace pour l’ordre public ;
créent en fait un cadre informationnel dans lequel les actions ultérieures des organes de force sont perçues comme une « continuation logique ».
Il est important de fixer ce qui suit :
entre les publications d’Oleksandr Miasintsev et les poursuites pénales ultérieures existe un lien temporel et substantiel direct.
Il ne s’agit pas d’une coïncidence fortuite, mais d’une séquence :
Six mois avant le début des actions d’enquête officielles apparaît un matériau « révélateur » détaillé du même travailleur médiatique ;
Dans celui-ci, l’activité de la personne est décrite en détail comme socialement dangereuse, des étiquettes sociales sont accrochées, il n’y a pratiquement pas de liens vers les sources ;
Le matériau circule activement dans le champ médiatique ukrainien ;
Ensuite suivent des perquisitions, des suspicions, des accusations, des arrestations.
Dans les cas d’Oleksandr Chavliouk et d’Ostap Stakhiv, cela est confirmé publiquement :
d’abord une série de publications Babel,
ensuite — actions de la Police nationale et du SBU,
ensuite — tribunaux et centres de détention provisoire.
Il convient de noter que l’activité publique d’Oleksandr Miasintsev s’est arrêtée brusquement après la publication de ces matériaux, et la recherche dans les données ouvertes ne permet pas de voir ses nouveaux matériaux similaires, s’ils existent bien sûr.
VII. Pourquoi cela est fondamentalement important
La fixation de ce lien est nécessaire non pour « révéler le journaliste », mais pour comprendre comment exactement la chaîne répressive est lancée :
médias → opinion publique → légitimation des actions de force.
Dans une telle construction, le journaliste cesse d’être un observateur et devient le déclencheur primaire du processus, indépendamment du fait qu’il en soit conscient ou non.
C’est à cette étape que l’IPSO cesse d’être un concept abstrait et acquiert une forme pratique —
comme un outil de pression, où le mot devient le premier pas vers une affaire pénale.
VIII. Contexte médiatique : qui et dans quel système produit les « révélations »
Pour une analyse correcte de l’influence des publications individuelles, il est nécessaire d’examiner le média lui-même, dans le cadre duquel elles sont créées.
L’édition en ligne« theBabel » a été créée le 17 septembre 2018.
Le projet s’est initialement formé dans l’orbite de l’un des plus grands holdings médiatiques ukrainiens — « 1+1 media ».
Le rédacteur en chef était Gleb Goussev, la rédactrice en chef — Kateryna Kobernik, qui occupait alors le poste de directrice adjointe du département des nouvelles de « 1+1 media ».
La structure de propriété incluait dès le début la direction de « 1+1 media » et des personnes représentant les intérêts d’Igor Kolomoïsky.
En 2019, la part a été consolidée par Yaroslav Pakholtchouk (50 %), après quoi, à la fin de la même année, l’équipe rédactionnelle a quitté le projet en raison de l’arrêt du financement, et le site a фактически cessé d’être mis à jour.
En mars 2020, l’édition a été relancée — déjà sous le nom « Babel », avec de nouveaux investisseurs, un nouveau rédacteur en chef et une structure de propriété mise à jour, qui incluait une entité juridique enregistrée en Slovaquie. Formellement, le projet s’est distancé de l’affiliation corporative précédente, tout en conservant les rédacteurs clés.
Depuis 2021, « Babel » a commencé à collecter des dons des lecteurs et a été publiquement noté par l’Institut d’information de masse comme une ressource avec un haut niveau de respect des standards journalistiques.
Après le 24 février 2022, la rédaction travaille dans des conditions de guerre, partiellement depuis l’étranger, ayant fermé la version russophone du site et lancé une version anglophone.
IX. Pourquoi ce contexte a de l’importance
L’histoire décrite est importante non en soi, mais comme fond institutionnel, dans le cadre duquel apparaissent des textes lançant les processus ultérieurs.
« Babel » — ce n’est pas un blog marginal et pas un canal Telegram anonyme. C’est un média institutionnalisé, qui :
a un lien historique avec un grand holding médiatique ;
jouit d’une réputation de source « standard » et « fiable » ;
est régulièrement cité par d’autres médias ;
forme les cadres du discours « admissible » et « inadmissible ».
C’est pourquoi les publications d’un tel média ont un effet systémique.
Elles n’informent pas seulement — elles légitiment.
Lorsqu’un matériau avec un cadre évaluatif clair sort dans une telle édition, il automatiquement :
devient une source pour d’autres rédactions ;
forme un consensus public ;
crée une fondation informationnelle pratique pour les actions ultérieures des organes d’État.
Dans une telle configuration, le texte journalistique cesse d’être simplement une opinion ou une enquête.
Il devient le premier maillon d’un processus qui passe ensuite au plan des décisions de force et pénales-droit.
C’est à ce point que l’analyse se déplace de la question « qu’est-ce qui est écrit » à la question « qu’est-ce qui est lancé ».
X. Pourquoi ces matériaux contiennent des signes d’IPSO
Le terme IPSO (opération spéciale informationnelle-psychologique) est souvent utilisé comme accusation universelle, cependant dans l’analyse professionnelle, il a un contenu tout à fait concret. Il ne s’agit pas de « fakes » directs et pas de propagande directe, mais d’actions informationnelles complexes, dont l’objectif est de former la perception nécessaire, le comportement et les décisions ultérieures.
Dans les publications examinées, les signes d’IPSO se manifestent non dans un élément, mais dans leur combinaison systémique.
- Changement de genre sans désignation directe
Formellement, les textes sont présentés comme des matériaux journalistiques — reportages, analytique, « analyses de biographie ».
En fait, ils remplissent la fonction d’un dossier évaluatif.
Point clé :
on ne dit pas au lecteur qu’il lit non une enquête de faits, mais une interprétation avec un cadre prédéfini.
C’est une technique typique d’IPSO :
laisser la forme du journalisme, mais remplacer son contenu par un outil de marquage. - Personnalisation de la menace
Dans tous les cas, le focus est délibérément déplacé :
non sur le phénomène,
non sur le problème,
non sur le contexte,
mais sur une figure concrète, qui se transforme progressivement en symbole de menace.
La même schéma est utilisé :
accent sur la biographie ;
énumération d’étiquettes « toxiques » ;
lien avec des thèmes marginaux ou stigmatisés ;
allusion à un danger public sans affirmation juridique directe.
Ainsi, on crée une image d’ennemi, et non un sujet pour discussion. - Légitimation préalable des répressions
Fonction clé de telles publications — préparation du public.
Après la sortie du matériau :
les actions de force ne paraissent plus inattendues ;
les détentions sont perçues comme « continuation logique » ;
les poursuites pénales semblent « forcées ».
C’est l’un des signes de base d’IPSO :
l’étape informationnelle précède l’administrative et la de force. - Asynchronie de la responsabilité
Auteurs et rédaction :
ne présentent pas d’accusations directes ;
n’affirment pas des faits de crime ;
restent formellement dans le cadre de la rhétorique admissible.
En même temps, les conséquences pour les figurants — réelles et irréversibles.
Cela crée une asymétrie :
la source informationnelle ne porte pas de responsabilité ;
l’objet de la publication porte les conséquences maximales.
C’est une telle asymétrie qui est caractéristique des opérations de pression psychologique. - Mise à l’échelle via des sources secondaires
Après la sortie du matériau primaire :
il commence à être cité par d’autres médias ;
les liens sont utilisés dans les commentaires d’experts ;
un « contour écho » se forme.
Même si le texte initial est prudent dans les formulations,
dans l’ensemble, il se transforme en environnement probant, pratique pour toute interprétation ultérieure.
XI. Facteur institutionnel : pourquoi surgit la question sur le rôle des structures de force
À cette étape, il est important de faire une pause et de fixer :
il ne s’agit pas d’accusations directes, d’affirmations sur une commande ou une coordination. Nous parlons de coïncidence des logiques, et non de liens prouvés.
Néanmoins, lors de l’analyse de la séquence des événements, surgit inévitablement la question — qui et de quelle manière s’avère être le bénéficiaire final de telles publications.
- Coïncidence des intérêts, et non des liens formels
Les matériaux dont il est question ont une caractéristique commune :
ils s’intègrent parfaitement dans la logique opérationnelle des organes de force, sans exiger d’eux une argumentation publique supplémentaire.
Après la sortie de tels textes, les structures d’État n’ont pas besoin :
d’expliquer pourquoi le figurant est devenu objet d’attention ;
de former un soutien public aux actions ;
de justifier la dureté des mesures.
Le travail informationnel est déjà effectué — informellement et à l’avance. - Médias comme filtre préalable de légitimité
Dans les conditions de guerre et de sensibilité accrue de la société aux questions de « sécurité » et de « loyauté »
toute activité de force exige un niveau minimal de consentement public.
Les publications de ce genre remplissent la fonction d’un tel filtre :
elles n’exigent pas de preuves juridiques ;
ne formulent pas d’accusations ;
mais forment une sensation de « suspicion justifiée ».
Cela permet aux organes d’État d’agir dans un environnement plus confortable, où la question « pourquoi précisément maintenant ? » ne surgit plus. - Asynchronie des rôles
Il est important de noter encore un détail.
Médias et structures de force agissent dans des plans temporels différents :
le texte journalistique sort en premier ;
la réaction publique se forme en deuxième ;
les actions procédurales suivent plus tard.
Formellement, ces processus sont indépendants.
En fait — ils se renforcent mutuellement, même s’ils ne sont pas coordonnés directement. - Absence de réfutations comme facteur
Il est caractéristique aussi qu’après les actions de force :
les rédactions ne reviennent pas au thème ;
n’analysent pas les conséquences de leurs propres publications ;
ne mettent pas en question la proportionnalité des mesures.
Cela crée l’impression que la fonction informationnelle du texte était épuisée — il a accompli sa tâche et n’exige plus d’accompagnement. - Pourquoi la question surgit d’elle-même
Dans aucun des cas examinés, nous ne voyons :
de déclarations publiques sur la pression de la part des organes de force ;
de preuves formelles de coordination ;
de confirmations directes de la participation des services spéciaux.
Et néanmoins, la répétabilité du scénario nous force à poser des questions.
Non sur la commande.
Non sur les « temnyks ».
Mais sur l’avantage structurel.
Lorsque le même type de publications :
précède les actions de force ;
forme un consensus public ;
disparaît de l’ordre du jour après les arrestations,
il devient évident qu’il ne s’agit pas de coïncidences fortuites.
Conclusion prudente
Nous n’affirmons pas que des matériaux concrets ont été créés sur indication du SBU ou d’autres structures de force.
Mais nous fixons ce qui suit :
ces textes fonctionnent comme s’ils étaient intégrés dans le contour général de la logique répressive de l’État.
Et dans les conditions où les mots lancent des processus,
la question n’est plus qui a écrit le texte,
mais quel rôle il a joué.
C’est à ce point que l’analyse se déplace de la question « qu’est-ce qui est écrit » à la question « qu’est-ce qui est lancé ».
Contexte international, dont on préfère ne pas parler
Il est important de fixer : l’inquiétude concernant les méthodes de mobilisation en Ukraine provient non seulement d’activistes individuels ou de journalistes, mais aussi d’institutions internationales officielles de défense des droits de l’homme.
En 2024-2025, le Commissaire du Conseil de l’Europe aux droits de l’homme dans ses communications publiques et mémorandums indiquait des messages systémiques sur les violations des droits de l’homme liées aux pratiques de mobilisation en Ukraine.
Il s’agissait notamment de :
messages sur des méthodes coercitives de mobilisation ;
plaintes sur un traitement rude, restrictions à la liberté de mouvement et pression ;
nécessité d’un contrôle civil et judiciaire efficace sur les actions des organes correspondants ;
risques de pression sur les journalistes et les personnes publiquement
critiquant la pratique des TCC.
Sources clés :
Page officielle du Commissaire du Conseil de l’Europe pour l’Ukraine
Page officielle du Commissaire du Conseil de l’Europe pour l’Ukraine
Déclarations et mémorandums du Commissaire du Conseil de l’Europe aux droits de l’homme
De plus, dans les matériaux des structures de l’ONU, on souligne régulièrement la nécessité de respecter les droits de l’homme lors des mesures de mobilisation et l’inadmissibilité des répressions pour critique publique :
Bureau du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme (Ukraine)
Détail révélateur
Malgré le statut officiel de ces sources, le téléthon ukrainien et les médias affiliés au pouvoir contournent généralement de tels documents. Les raisons formelles peuvent être nombreuses — de la politique rédactionnelle à l’absence d’« occasion informationnelle ».
Cependant, dans un plan ironique, la situation paraît autrement :
si on appliquait la même logique aux évaluations internationales qu’aux critiques internes, alors — purement hypothétiquement — il faudrait raisonner sur la possibilité d’évaluation pénale-légale des déclarations des commissaires européens et des institutions internationales de défense des droits.
Bien sûr, cela sonne absurde — et c’est dans cette absurdité que se manifeste la sélectivité de l’approche.
Il est important de souligner : il ne s’agit pas de la Commission européenne de l’UE, mais du Conseil de l’Europe — une organisation internationale indépendante, dont la tâche directe est le monitoring du respect de la Convention européenne des droits de l’homme.
En même temps, les rapports annuels de la Commission européenne sur l’Ukraine dans le cadre du processus d’intégration européenne se limitent généralement aux réformes institutionnelles et légales et ne contiennent pas d’analyse détaillée des aspects de force de la mobilisation, ce qui crée un écart supplémentaire entre l’ordre du jour des droits de l’homme et politico-administratif.
Pourquoi ce contexte est fondamental
La présence de telles évaluations internationales signifie que la critique des méthodes de mobilisation et la discussion des abus :
n’est pas une position marginale ;
se trouve dans le cadre du discours légitime de défense des droits ;
est depuis longtemps fixée au niveau international.
C’est pourquoi l’analyse ultérieure des publications, affaires pénales et actions de force se traduit logiquement
de la question « qui a dit » — à la question « qu’est-ce qui est lancé après que cela soit dit ».
À ce point, le texte journalistique cesse d’être simplement une publication —
et commence à fonctionner comme le premier maillon d’une chaîne informationnelle-administrative plus large.

Expérience personnelle comme partie du modèle général.
Pour moi, cette analyse n’est pas une observation abstraite ou extérieure.
Je me suis retrouvé à l’intérieur du même schéma — pratiquement en temps réel.
D’abord, dans une série de médias et de discussions publiques, on a commencé à me désigner exclusivement dans une clé — comme « évadé ». Sans contexte, sans faits, sans tentative de comprendre les circonstances.
Avec la liste des publications, on peut se familiariser ici :
https://www.stopcor.org/ukr/section-zarubezhom/news-kit-persik-zigriv-uhilyanta-v-karpatah-ta-vryatuvav-jomu-zhittya-10-12-2024.html
https://www.stopcor.org/section-zarubezhom/news-kit-persik-zigriv-uhilyanta-v-karpatah-ta-vryatuvav-jomu-zhittya-10-12-2024.html
https://www.eurointegration.com.ua/news/2024/12/9/7200306/
https://fakty.com.ua/ru/svit/20241209-u-rumuniyi-vryatuvali-ukrayinczya-z-koshenyam-tikav-vid-mobilizacziyi/
https://fakty.com.ua/ua/svit/20241209-u-rumuniyi-vryatuvali-ukrayinczya-z-koshenyam-tikav-vid-mobilizacziyi/
https://www.ukr.net/ru/news/details/criminal/108396198.html
https://kp.ua/ua/incidents/a701893-rumunski-rjatuvalniki-vrjatuvali-v-karpatakh-ukrajintsja-z-koshenjam-cholovik-namahavsja-uniknuti-mobilizatsiji
https://nenka.info/uhylyant-iz-koshenyam-nelegalno-perejshov-kordon-z-rumuniyeyu-ta-ledve-ne-zamerz-istoriya-poryatunku/
https://my.ua/uk/news/cluster/2024-12-10-rumunski-riatuvalniki-vriatuvali-v-karpatakh-ukrayintsia-z-kosheniam-cholovik-namagavsia-uniknuti-mobilizatsiyi
https://www.google.com/amp/s/nv.ua/amp/mobilizaciya-v-ukraine-v-rumynii-spasli-zastryavshego-v-karpatah-uklonista-s-kotenkom-video-50472971.html
https://censor.net/ru/photonews/3524237/v-rumynskih-gorah-spasli-uklonista-iz-ukrainy-s-kot-nkom-detali
https://www.5.ua/ru/myr/khotel-sbezhat-s-kotom-v-horakh-ruminyy-spasly-ukraynskoho-uklonysta-340275.html
https://112.ua/ru/uhilant-z-ukraini-malo-ne-zamerz-na-smert-u-gorah-rumunii-48847
https://www.google.com/amp/s/kp.ua/ua/amp/a701893-rumunski-rjatuvalniki-vrjatuvali-v-karpatakh-ukrajintsja-z-koshenjam-cholovik-namahavsja-uniknuti-mobilizatsiji
https://youtu.be/O0QyJ6bJwew?si=jyPWo8W88ocVdU2f
https://www.google.com/amp/s/news.novyny.live/kit-vriatuvav-ukhilianta-iakii-cherez-gori-tikav-za-kordon-foto-218007.html/amp
https://trueua.info/news/u-rumunskykh-horakh-vryatuvaly-ukhylyanta-z-ukrayiny-vin-zablukav-razom-z-koshenyam-foto
https://ua-reporter.com/news/v-rumynskih-karpatah-edva-ne-zamerz-uhilyant-video
Le mot lui-même est devenu un remplacement de la biographie, de la position et de la motivation. Cela a suffi pour former l’image nécessaire.
Quelque temps après cela, une personne que je connaissais personnellement m’a contacté. Il a signalé qu’on exerçait une pression sur lui pour obtenir des témoignages contre moi. Il ne s’agissait pas de vérification de faits ni d’interrogatoire formel. Selon ses mots, on le « brisait » — on insistait sur la version nécessaire, on le poussait à des formulations qui pouvaient servir de base à une procédure pénale.
Le dialogue a été fixé situationnellement, directement lorsque j’étais à la base des sauveteurs Salvamont Maramureș en décembre 2025, donc je demande de traiter avec compréhension la présence de lexique non normatif .
Je ne publie pas de noms et ne révèle pas de détails qui pourraient mettre cette personne en danger. Mais le fait lui-même est important : l’attaque informationnelle et la pression de force n’allaient pas en parallèle — elles allaient séquentiellement.
D’abord — l’étiquette.
Ensuite — tentative de légitimation de cette étiquette via des témoignages.
Et seulement après cela — perspective d’affaire pénale.
C’est pourquoi, en analysant les cas d’autres personnes, je ne peux pas les considérer comme des « histoires étrangères ». La logique, les outils et la séquence des actions en eux — reconnaissables. Ils sont reproductibles. Et ils ne dépendent pas d’un nom concret.
À ce point, il devient clair : il ne s’agit pas de lutte contre des « violateurs » concrets, mais d’un mécanisme qui se lance chaque fois qu’une personne sort des limites du discours public admissible.
XI. Absence de réaction coordonnée du système : formes admissibles et inadmissibles de « journalisme »
Pour vérifier l’hypothèse que la réaction répressive de l’État se lance non sur le fait des violations, mais sur le contenu des déclarations, il est nécessaire d’examiner des cas de contrôle de personnalités publiques qui :
travaillent dans le champ informationnel depuis des années ;
commettent de nombreuses violations légales et éthiques ;
utilisent un lexique, des conflits et de la pression ;
en même temps ne sont pas soumises à un impact de force ou pénal.
Le facteur unificateur clé de ces cas — absence de critique des TCC et de la politique de mobilisation.
Cas A. Vassilevytch Volodymyr Stepanovytch et ONG « Ukraine contre l’arbitraire des fonctionnaires »

Période d’activité : depuis 2014.
Format : activité pseudo-journalistique, pression et insultes directes aux juges, publication de données personnelles, accusations publiques fausses.
Faits confirmés :
les juges ont officiellement déclaré une ingérence dans leur activité professionnelle ;
des appels sont arrivés au VRP et au Minjust ;
en 2023, le VRP a initié une vérification.
Sources :
https://hcj.gov.ua/news/vrp-iniciyuye-perevirku-diyalnosti-go-ukrayina-proty-svavillya-chynovnykiv
Point critique important :
Malgré des plaintes pluriannuelles, aucune procédure pénale n’a suivi, l’activité de l’organisation n’a pas été arrêtée, et le registre judiciaire ne contient pas de décisions sur la liquidation.

En même temps :
L’organisation n’a pas critiqué les TCC, n’a pas mis en doute la mobilisation et n’a pas touché le contour de force de l’État. Il a fallu 10 ans au système pour arrêter l’activité factuelle. Et environ 2 ans après l’adoption des mesures par le Haut Conseil de justice.
Cas B. Andriy Sviatyna
Format d’activité : blogueur, streams, vente de biens et « cours » sous couvert de journalisme.

Plateforme principale : YouTube. Canaux supplémentaires : tous les réseaux sociaux connus.
Canal :
https://youtube.com/@andriisviatyna3119
Éléments fixés de l’activité publique :
vente d’objets présentés comme des pierres précieuses ;
streams commerciaux sous rhétorique journalistique ;
concours et tirages au sort avec des prix déclarés en millions de dollars ;
lexique agressif et obscène envers les juges et fonctionnaires.
vente de cours de journalisme sans autorisation correspondante, promesses de fournir un report de mobilisation pour 1 an, et principal : immédiatement après l’achat de la formation Andriy Sviatyna promet de délivrer un certificat rédactionnel.
Période d’activité : au moins 5 ans.
Couverture totale : plus de 1 million de vues.
Réaction de l’État :
absence d’affaires pénales ;
absence de perquisitions ;
absence d’actions de force ;
l’activité continue sans restrictions.

Mérite une attention particulière le fait de la vente publique et ouverte de certificats journalistiques sur des plateformes commerciales massives. Au moment de la préparation du matériau, des annonces sont placées en accès ouvert, proposant :
« certificat officiel de journaliste » ;
« cours en ligne + carte de presse » ;
« protection légale », « permis », « blindage » et même promesses de passage de frontière sans entraves.
Exemples de telles annonces (publiées ouvertement, sans restrictions) :
Dans une série d’annonces, le nom de l’organisateur est indiqué directement — Tchernenko Ioulia Volodymyrivna, dirigeante du projet « Espace médiatique ». On promet aux acheteurs qu’après paiement et réception du certificat :
on les « traitera autrement » ;
apparaîtra « blindage » ;
disparaîtront les problèmes au passage de la frontière ;
le statut de journaliste assurera la protection contre la pression.
En même temps, les vendeurs délivrent des chèques fiscaux, travaillent depuis des années et ne cachent pas le caractère commercial du service.
Le point clé ne réside pas dans l’évaluation de ces propositions, mais dans la réaction du système :
cette pratique existe publiquement, massivement et depuis longtemps, ne provoque pas de conséquences de force ou pénales-légales notables et ne devient pas l’objet d’enquêtes résonnantes,
malgré des promesses directes d’avantages liés à la mobilisation et au statut.
Dans le contexte des cas examinés précédemment, cela renforce la conclusion générale :
la réaction de l’État dépend non des violations formelles, mais de si l’activité touche des thèmes sensibles de mobilisation, TCC et coercition.



Facteur clé :
Dans le contenu, absence de critique systémique des TCC, de la mobilisation et des méthodes de force de l’État. Même le fait de masquer la vente d’un certificat rédactionnel sous une formation au journalisme pour 1 jour peut être qualifié de falsification de documents.
Lien avec le cas ESV Inform et Chavliouk
Le projet ESV Inform et l’activité de Chavliouk appartiennent à un même cluster — discours anti-mobilisation.
Contrairement à Vassilevytch et Sviatyna :
Chavliouk et Stakhiv ont publiquement mis en doute la légalité des pratiques de mobilisation ;
leurs matériaux touchaient des zones sensibles du pouvoir ;
après une série de publications suivaient des attaques médiatiques, puis réaction de force.
Ainsi, la différence entre les cas n’est pas dans la forme d’activité, pas dans le niveau des violations et pas dans l’échelle de l’audience.
| Critère | Vassilevytch | Sviatyna | Chavliouk |
|---|---|---|---|
| Années d’activité | 10+ | 5+ | Moins |
| Violations formelles | Oui | Oui | Non / contesté |
| Activité commerciale | Non | Oui | Non |
| Critique des TCC | Non | Non | Oui |
| Réaction des organes de force | Non | Non | Oui |
Conclusion (sans affirmations directes)
L’analyse de ces cas permet de fixer un modèle stable :
le système permet même des violations grossières, si elles ne touchent pas le contour de mobilisation ;
le système s’active lorsque la critique concerne les TCC et les pratiques de coercition ;
l’application du droit porte un caractère sélectif, et non universel.
Dans cette logique, le journalisme cesse d’être une question de standards ou de loi.
Il devient une question de contenu admissible.
X!. Modèle répétitif : du mot public à la poursuite pénale
En examinant les cas d’Oleksandr Chavliouk, d’Ostap Stakhiv et le mien, il est important de sortir des cadres des biographies individuelles et des circonstances personnelles.
La clé ici n’est pas la similitude des personnes, mais la reproductibilité du modèle même du développement des événements.
Il ne s’agit pas de coïncidence des accusations, pas d’identité des vues et pas de formes d’activité similaires. Il s’agit de la structure du processus, qui dans ces histoires est reproduite avec une précision étonnante.
Point de départ — mot public
Dans les trois cas, le point initial devient l’activité publique liée à des thèmes se trouvant dans la zone de sensibilité accrue pour l’État :
analyse ou critique des pratiques de mobilisation ;
éclairage des cas de pression de force et de violations procédurales ;
explication des droits des citoyens et
formes possibles de protection légale ;
fixation d’épisodes concrets de violence ou d’abus de la part des représentants du pouvoir.
À cette étape, il s’agit exclusivement du mot — publications, vidéos, commentaires, interviews.
Ni d’appels au sabotage, ni d’actions violentes, ni de violation directe de la loi il n’est question.
Formation du cadre informationnel : « révélation »
Étape suivante — apparition de matériaux dans les médias institutionnels, formatés comme « révélations ».
Signes communs de telles publications :
focus déplacé de l’analyse des faits à la discréditation de la personnalité ;
contenu remplacé par des détails biographiques, étiquettes et caractéristiques évaluatives ;
lexique utilisé formant l’image de sujet « socialement dangereux » ou « malhonnête » ;
création d’une sensation d’inadmissibilité morale ou politique du figurant.
Formellement, de tels textes restent dans le cadre du genre journalistique et ne contiennent pas d’appels directs aux répressions.
Effet de légitimation
De telles formes, outre celles indiquées, peuvent être :
| Critère | Vassilevytch | Sviatyna | Chavliouk |
|---|---|---|---|
| Années d’activité | 10+ | 5+ | Moins |
| Violations formelles | Oui | Oui | Non / contesté |
| Activité commerciale | Non | Oui | Non |
| Critique des TCC | Non | Non | Oui |
| Réaction des organes de force | Non | Non | Oui |
Analyse comparative : comment fonctionnent les services spéciaux de l’espace post-soviétique
(sur le matériau des cas ukrainiens et exemples comparables de RF et Biélorussie)
En examinant les cas ukrainiens — de Chavliouk à Ostap Stakhiv et campagnes médiatiques liées, — il est important de sortir du contexte local et de regarder plus largement : quels mécanismes institutionnels sont lancés, et dans quelle mesure ils sont uniques.
Avec une telle approche, il devient évident qu’il ne s’agit pas de « spécificité de la guerre » ou de « circonstances exceptionnelles », mais d’un ensemble d’outils bien connus d’autres juridictions post-soviétiques.
Logique générale : non quoi, mais comment
La similitude clé entre l’Ukraine, la Russie et la Biélorussie réside non dans les objectifs (ils sont différents), mais dans la méthode :
Formation de l’image de menace via les médias
Légitimation de cette image comme socialement dangereuse
Traduction du narratif médiatique au plan juridique
Achèvement de force ou
pénale-légale du processus
Ce chemin — du mot à l’affaire — est systémique, et non situationnel.
Russie : cas Navalny comme étalon du cycle répressif
Dans le contexte russe, ce mécanisme a été porté à la forme extrême sur l’exemple d’Alexeï Navalny :
d’abord — campagne pluriannuelle de « révélations » ;
ensuite — segmentation juridique des accusations (économie, extrémisme, fonds) ;
ensuite — reconnaissance de l’infrastructure comme « extrémiste » ;
et enfin, isolation complète de la figure.
Important :
aucun pas clé ne commençait immédiatement par une affaire pénale.
Chaque étape était précédée d’un traitement médiatique, créant une sensation d’« évidence » des actions ultérieures.
Biélorussie : cas Tikhanovskaïa et passage du mot à l’exil
Le scénario biélorusse n’est pas moins révélateur, mais avec une fin différente.
En 2020 :
d’abord il y avait des textes et des sujets sur « forces destructives » ;
ensuite — accusations de menace pour la stabilité ;
après — excitation d’affaires pénales ;
issue — émigration forcée et institutionnalisation de l’image d’« ennemi extérieur ».
La Biélorussie démontre un modèle de transition :
de la pression administrative à la pénale,
des affaires séparées — à la criminalisation massive du discours.
Ici il est important de noter :
la répression était formalisée non comme politique, mais comme réaction à « violations », « extrémisme », « menace pour la sécurité ».
Ukraine : phase actuelle et cas ukrainiens
La situation ukrainienne diffère fondamentalement par le contexte — il y a une guerre, le pays est sous
pression existentielle.
Cependant, c’est dans de telles conditions qu’il est particulièrement important de suivre quels outils deviennent la norme.
Sur l’exemple de Chavliouk et d’Ostap Stakhiv se trace un modèle familier :
publication d’une série de matériaux avec un cadre évaluatif clair ;
formation d’une image stable de « sujet dangereux » ;
synchronisation de la rhétorique entre différents médias ;
intervention de force ultérieure et accusations pénales.
Formellement :
il ne s’agit pas de vues, mais de « fraude », « entrave », « diffusion d’informations ».
En fait :
sont punis l’influence, les couvertures, la capacité de former un narratif alternatif.
Point d’intersection commun des trois systèmes
Si on enlève les différences nationales, reste une construction unique :
médias agit comme première instance ;
services spéciaux — comme seconde ;
tribunal — comme formalisateur final de la décision déjà prise.
Le texte journalistique dans cette configuration cesse d’être :
enquête,
analyse,
opinion.
Il devient un déclencheur.
Pourquoi il est important de fixer cela précisément maintenant
L’histoire de la Russie montre par quoi se termine l’institutionnalisation de telles pratiques.
L’histoire de la Biélorussie — comment rapidement les mesures temporaires deviennent permanentes.
L’Ukraine aujourd’hui se trouve entre ces points.
Et la question ne réside pas dans les personnalités,
pas dans les sympathies et pas dans les positions idéologiques, mais dans ce qui suit :
le journalisme restera-t-il un espace d’analyse —
ou deviendra-t-il définitivement une étape du processus de force.
C’est cette ligne sur laquelle les cas ukrainiens acquièrent une signification non seulement pour l’Ukraine, mais pour toute l’Europe.
Ukraine et Russie : similitude des mécaniques médiatiques avec différents noms de guerre
Il est important de fixer séparément un point fondamental de terminologie.
En Fédération de Russie, la guerre à grande échelle
contre l’Ukraine est officiellement nommée par les autorités comme « la soi-disant SVO ». L’utilisation de cette formule dans cette analyse n’est pas une reconnaissance ou une légitimation du terme, mais reflète exclusivement comment la guerre est désignée dans le discours médiatique d’État russe et affilié.
C’est dans le cadre de ce nom imposé que se construit dans l’espace médiatique russe un système stable de propagande et de répression de la dissidence.
Comparaison de la logique de transmission médiatique
Malgré les différences dans l’organisation politique et le statut international, dans les pratiques médiatiques de l’Ukraine et de la Russie, on peut révéler des mécanismes structurellement similaires, si on considère non le contenu, mais la logique de soumission.
En Russie :
la guerre est soumise à travers le cadre de « la soi-disant SVO » ;
tout désaccord public est automatiquement interprété comme sapage de l’État ;
refus de participer ou critique s’expliquent par influence extérieure, « propagande ennemie », « discréditation de l’armée ».
En Ukraine :
se forme une catégorie stable d’« évadé » comme image publique ;
situations légales individuelles sont soumises dans un cadre moral-évaluatif ;
condamnation publique remplace l’analyse légale.
Dans les deux cas, il ne s’agit pas d’un matériau ou d’une déclaration, mais d’une transmission constante, qui avec le temps normalise un certain type d’attitude envers les personnes « inconfortables ».
Pourquoi l’accent précisément sur les formulations a de l’importance
Le langage dans les conditions de guerre — ce n’est pas un outil neutre.
Il fixe les cadres de l’admissible.
Lorsque :
la guerre reçoit un nom euphémistique ;
ou le refus d’y participer se transforme en moral
crime,
la société s’habitue progressivement à ce que le droit cède la place à la loyauté, et la procédure — à l’émotion.
Réserve principielle
La présente analyse n’égalise pas l’Ukraine et la Fédération de Russie ni politiquement, ni juridiquement, ni moralement.
Il s’agit exclusivement de modèles informationnels post-soviétiques, qui :
peuvent se reproduire dans différents pays ;
se manifestent dans des moments de haute tension ;
et exigent une fixation précisément lorsque la correction est encore possible.
Source commune des méthodes : école soviétique des services spéciaux
Lors de l’analyse des pratiques appliquées par les services spéciaux dans les pays de l’espace post-soviétique, surgit inévitablement une
question inconfortable, mais principielle :
pourquoi avec différents drapeaux, rhétorique et cours politiques extérieurement opposés les méthodes de travail s’avèrent étonnamment similaires ?
La réponse réside non dans la politique actuelle, mais dans la mémoire institutionnelle.
La plus grande partie du noyau cadre des services spéciaux des États post-soviétiques s’est formée soit :
directement dans le système soviétique,
soit auprès d’enseignants formés en URSS,
soit selon des matériaux méthodiques remontant à la même école.
Il ne s’agit pas de complots et pas de coordination, mais de culture professionnelle héritée.
Éléments universels de cette école
Indépendamment du pays, dans les pratiques des services spéciaux de l’ex-URSS se reproduisent les mêmes éléments clés :
Prévalence de la prophylaxie sur le droit
D’abord — neutralisation de la menace.
Ensuite — formalisation juridique.
Préparation informationnelle avant les actions procédurales
L’opinion publique est préparée à l’avance :
via des matériaux « révélateurs »,
via des étiquettes discréditantes,
via l’isolement moral de l’objet.
Fusion du journalisme et du travail opérationnel
Publications formellement indépendantes :
deviennent sources pour affaires pénales ;
s’utilisent comme « justification sociale » des répressions ;
créent une sensation de demande publique sur les actions de force.
Personnalisation de la menace
Au lieu d’analyse des phénomènes — focus sur des personnes concrètes :
blogueur,
activiste,
avocat,
journaliste.
Le système fonctionne toujours plus simplement lorsque la menace a un visage.
Pourquoi cela n’est pas une coïncidence
La similitude des méthodes ne s’explique pas par « emprunt » ou « imitation ».
Elle s’explique par le fait que la même école formait des réponses identiques aux crises :
dissidence = menace potentielle ;
publicité = renforcement
du risque ;
neutralisation via isolation = solution efficace.
C’est pourquoi dans différents pays nous voyons les mêmes chaînes :
publication → résonance → actions de force → affaire pénale.
Changent les formulations, articles des codes et slogans politiques.
Le mécanisme reste.
De Navalny à la Biélorussie — pays différents, une logique
Le cas russe avec Alexeï Navalny et le cas biélorusse avec les répressions contre l’opposition sous le régime de Loukachenko sont souvent perçus comme des tragédies uniques de pays concrets.
Cependant lors de la comparaison, on voit que :
d’abord se formait l’image de menace ;
ensuite — justification publique de la pression ;
et seulement après cela — formalisation juridique.
Les cas ukrainiens dont il est question dans ce
matériau, ne sont pas identiques par échelle et contexte, mais structurellement s’inscrivent dans la même logique.
C’est cela qui exige l’analyse — non pour égalisation, mais pour avertissement.
Pourquoi la fixation de ces modèles est critique importante
Le problème n’est pas dans des personnes concrètes et même pas dans des services spéciaux concrets.
Le problème est que
le système non analysé tend à se reproduire.
Si :
le texte journalistique devient automatiquement un outil opérationnel,
la condamnation publique remplace la procédure légale,
et la « prophylaxie » justifie toute pression,
alors l’espace pour les droits de l’homme se rétrécit indépendamment du pays.
Conclusion clé
Il ne s’agit pas d’États « mauvais » ou « bons ».
Il s’agit du mécanisme inertiel post-soviétique qui s’active dans les conditions de guerre, de peur et de logique de mobilisation.
Et si ce mécanisme n’est pas nommé, pas décrit et pas fixé —
il continuera à travailler, en changeant seulement les enseignes et les termes
Avis rédactionnel
Actuellement, la rédaction du projet « Ordre de Résistance » travaille sur l’étape suivante du développement de l’initiative.
Nous avons commencé la recherche et l’élaboration de façons sécurisées de fixation et de stockage de données sensibles, liées aux faits de persécutions, violence, pression de la part des structures d’État et des personnes affiliées à elles.
Il ne s’agit pas de publication « à chaud » et pas de divulgation immédiate des matériaux, mais de création d’un archive électronique protégé.
L’objectif de cet archive — fixation à long terme :
histoires personnelles de persécutions ;
confirmations documentaires ;
traces numériques de pression et répressions ;
témoignages, qui pour des raisons objectives ne peuvent pas être publiés immédiatement.
Nous considérons important de créer d’abord une infrastructure sécurisée —
et seulement ensuite proposer aux gens de
nous confier le plus vulnérable.
leur expérience personnelle.
Le travail continue. Au nom de la Justice.
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